Faible absorption des ressources, lourdeurs administratives et insuffisances techniques, les acteurs de la décentralisation réfléchissent à de nouveaux mécanismes pour accélérer les investissements communaux et améliorer l’impact des financements publics sur les populations.

La mobilisation des ressources financières ne suffit pas à garantir le développement des collectivités territoriales. Encore faut-il que les fonds transférés soient effectivement consommés et transformés en réalisations concrètes au profit des populations. C’est autour de cette problématique que se sont réunis, le jeudi 29 octobre 2026 à Cotonou, des responsables gouvernementaux, des autorités communales et des partenaires techniques et financiers, dans le cadre d’un atelier consacré aux difficultés de consommation des ressources du Fonds d’Appui au Développement des Communes (FADEC) et aux perspectives d’amélioration du financement du développement local.

Les travaux ont été officiellement lancés par le Directeur de Cabinet du ministre chargé du Budget et de la Fonction publique, Victorin HONVOH, représentant le ministre. Cette rencontre se voulait un cadre de diagnostic approfondi des obstacles qui entravent l’exécution des investissements communaux, mais également un espace de concertation pour dégager des solutions opérationnelles et durables.

Au cœur des échanges figure le Fonds d’Investissement Communal (FIC), appelé à jouer un rôle stratégique dans la modernisation du dispositif de financement des collectivités territoriales. Ce nouvel instrument de l’État ambitionne notamment de mobiliser des ressources importantes pour accompagner la mise en œuvre des Plans de Développement Communaux (PDC) et renforcer les capacités d’investissement des communes.

Mais une difficulté persiste : le faible niveau de consommation des ressources pourtant mises à la disposition des collectivités. Une situation qui crée un décalage entre les financements disponibles et les réalisations attendues sur le terrain.

« Ce décalage entre la disponibilité des fonds et leur exécution effective sur le terrain constitue un frein pour le développement de nos territoires », a relevé le Directeur du FIC, Réginal KOUMAGBEAFIDE. Pour lui, l’enjeu est désormais de mieux comprendre les facteurs qui ralentissent l'utilisation des ressources et de proposer des mécanismes susceptibles d'améliorer leur absorption.

Des contraintes structurelles aux réformes opérationnelles

Au-delà des difficultés financières, les participants ont mis en évidence plusieurs contraintes institutionnelles, techniques et administratives qui pèsent sur la réalisation des investissements publics à l’échelle locale. L’insuffisance des capacités techniques dans certaines communes, les lourdeurs liées aux procédures de passation des marchés publics et les difficultés d’exécution des projets constituent autant de facteurs qui ralentissent la transformation des ressources en infrastructures et services de proximité.

Dans cette perspective, le FIC entend renforcer son accompagnement auprès des collectivités. Conformément à ses statuts, il prévoit notamment de contribuer au développement des capacités communales en matière de maîtrise d’ouvrage et d'apporter un appui technique à la préparation et à la réalisation des projets d’investissement.

La Cheffe de la Coopération internationale de la Suisse au Bénin, Gabriella SPIRLI, a également attiré l’attention sur la complexité des défis auxquels sont confrontées les collectivités territoriales. Elle a notamment évoqué les difficultés d’accessibilité de certaines localités, l’insuffisance des services techniques, la persistance de la pauvreté ainsi que les contraintes liées au contexte sécuritaire.

Face à ces obstacles, la coopération suisse préconise notamment l’expérimentation d’un mécanisme pilote de passation des marchés publics au niveau communal. Une approche qui pourrait contribuer à simplifier certaines procédures et à rendre l’exécution des investissements locaux plus fluide.

L’Allemagne, autre partenaire engagé dans l’accompagnement du développement local, a également réaffirmé son intérêt pour l’amélioration de la gouvernance financière des collectivités. Son ambassadeur près le Bénin, le Dr Stephan BUCHWALD, a insisté sur la nécessité de renforcer la complémentarité des interventions, de mutualiser les ressources et de consolider le dialogue entre les différents acteurs.

Il a surtout invité les participants à dépasser le stade du diagnostic pour déboucher sur des propositions concrètes, adaptées aux réalités des communes. Il a, à cet effet, réitéré la disponibilité de son pays à accompagner les initiatives visant à améliorer l’efficacité des investissements publics locaux.

Prenant la parole au nom du ministre chargé du Budget et de la Fonction publique, Victorin HONVOH a présenté plusieurs pistes de réformes susceptibles de corriger les insuffisances relevées. Parmi les mesures envisagées figurent la régularisation des transferts de ressources aux communes, l’actualisation du manuel de procédures, le renforcement des effectifs et des compétences techniques, ainsi que la poursuite de la dématérialisation des procédures budgétaires.

Ces orientations traduisent la volonté des autorités de s'attaquer aux goulots d'étranglement qui affectent la chaîne de mobilisation, de transfert et d'exécution des financements communaux.

Au terme de cet atelier, l’ambition est claire : parvenir à un niveau optimal d’absorption des ressources publiques afin que les financements alloués aux collectivités se traduisent effectivement par des infrastructures, des équipements et des services améliorant les conditions de vie des populations.

Les propositions formulées au cours des travaux seront soumises à l’examen du Gouvernement. Reste désormais à transformer ces recommandations en réformes concrètes. Car, au-delà des montants inscrits dans les budgets et des ressources transférées, la véritable mesure de l’efficacité du financement communal demeure sa capacité à produire des résultats visibles dans les localités.