Au Burkina Faso, les cours d’histoire, de géographie et d’instruction civique connaissent un changement de cap depuis la rentrée scolaire 2026-2027. Les autorités de transition, dirigées par le capitaine Ibrahim Traoré, ont engagé une révision des contenus pédagogiques avec pour objectif affiché de « décoloniser » les savoirs transmis aux élèves. Cette réforme modifie aussi bien les thèmes étudiés que les mots recommandés aux enseignants dans les collèges et les lycées.

Un nouveau récit historique et un lexique repensé

Pour accompagner cette réorientation pédagogique, un document de 190 pages présentant les nouvelles directives a été distribué aux enseignants. La réforme s’inscrit dans la dynamique de la « Révolution progressiste populaire » défendue par le pouvoir burkinabè, qui entend accorder davantage de place aux références nationales et africaines dans le système éducatif.

En histoire, de nouveaux chapitres font leur apparition. Les élèves devront notamment étudier la création de la Confédération des États du Sahel (AES), qui réunit le Burkina Faso, le Mali et le Niger, ainsi que la question de la « Prédation des ressources naturelles du Faso par l’Occident ». Ces thèmes traduisent la volonté des autorités de mettre davantage en avant les enjeux de souveraineté et les rapports historiques entre l’Afrique et les puissances occidentales. 

Le changement concerne également les termes employés pour présenter certains épisodes historiques. Désormais, les enseignants sont invités à privilégier le mot « envahisseur » à celui de « colonisateur », tandis que le terme « espion » doit remplacer « explorateur ».

Ces substitutions ne relèvent pas uniquement d'un ajustement du vocabulaire. Elles traduisent une volonté de modifier la manière dont certains événements du passé sont racontés aux jeunes générations, notamment en ce qui concerne la présence européenne en Afrique.

En géographie, priorité aux « opportunités » et aux « défis »

La révision touche aussi l’enseignement de la géographie. Les mots « problèmes » et « faiblesses » doivent céder la place aux termes « opportunités » et « défis ». À travers ces changements, les autorités souhaitent encourager une présentation moins dévalorisante des réalités nationales et privilégier une approche axée sur les possibilités de développement.

Le vocabulaire relatif aux sociétés fait également l’objet de nouvelles orientations. Le terme « ethnie » doit être remplacé par l’expression « groupe socio-culturel ». De même, les expressions « pays pauvre » et « pays endetté » sont désormais proscrites du vocabulaire recommandé aux enseignants.

Cette nouvelle approche vise à rompre avec des représentations jugées réductrices ou héritées de cadres de pensée extérieurs aux réalités africaines. Elle entend également promouvoir une perception plus valorisante du Burkina Faso et de ses ressources.

Toutefois, la réforme des programmes ne signifie pas que de nouveaux manuels ont déjà été imprimés et distribués aux élèves. Selon un enseignant interrogé par l’Agence France-Presse, les livres n’ont pas encore été réédités. Pour l’heure, les enseignants disposent d’un document d’orientation qui précise les contenus à introduire, ceux à retirer et les expressions à privilégier.

Au-delà des modifications pédagogiques, cette initiative s’inscrit dans une volonté plus large de refondation du système éducatif burkinabè. Elle soulève néanmoins une question essentielle : comment réécrire les récits historiques et faire évoluer les représentations sans compromettre l’exigence de rigueur scientifique et la diversité des interprétations ?

Pour les autorités de Ouagadougou, l’enjeu est de former une jeunesse davantage consciente de son histoire et attachée à la souveraineté nationale. La mise en œuvre de cette réforme permettra de mesurer comment cette ambition se traduira concrètement dans les salles de classe